Pourquoi du théâtre en prison

Depuis 1993, j'ai réalisé 26 projets auprès de publics en difficulté, jeunes en errance, bénéficiaires du RMI, détenus...


De ces expériences diverses de pratique théâtrale dans des lieux en marge des institutions culturelles résulte une évidence aveuglante : l'accès à la culture est l'un des éléments fondateurs de la vie en communauté, de la cohésion sociale. Les statistiques sur la population carcérale sont implacables à ce sujet : la grande majorité des détenus sont issus de milieux sociaux et culturels défavorisés.


Dans ces conditions, démocratiser l’accès à la culture est au centre de notre réflexion et de notre action à tous au Théâtre de l'Imprévu puis à Instant Présent. Ce qui ne veut pas dire accès de personnes prétendument sans culture à une "culture officielle" dont ils en ignorent jusqu'à l'existence du mot qui la désigne... Pour nous, la culture est d'abord le sentiment qu'on a quelque chose de personnel à exprimer qui va prendre sens et valeur personnelle pour les autres. La base de la culture, c'est un sentiment de vérité partagé.


La culture ainsi comprise peut alors être un levier personnel fort, favorisant un vrai retour dans la société des personnes incarcérées. En prison plus encore qu'ailleurs, trop de personnes ont le sentiment de ne rien pouvoir faire et dire auxquels les autres accorderont sincèrement de la valeur. Ils en tirent un sentiment de dévalorisation et de révolte, souvent contenu. Leur créativité se cantonne alors à des domaines "non-culturels", comme la débrouille... ou à ce que l'on appelle à tort de l'anti-culture, comme la création d'un contre-langage. Heureusement, la créativité du langage vient souvent des milieux défavorisés qui inventent des mots pour s'exprimer, créer de la vie, contester, tourner en dérision... Chaque année, "l'anti-culture" rentre un peu plus dans le dictionnaire.(suite du texte)