Cher spectateur de prison

J'ai toujours été impressionné par les lieux pleins de silence. Cela me renvoie à une certaine dualité comme la gesticulation des stades et le recueillement des églises...l'idée de la méditation, du deuil.


Certains lieux produisent, de fait, cette impression, consciemment ou inconsciemment aux personnes qui s'y trouvent. Sans se concerter, ils deviennent ensemble mutiques : un commissariat de police, une salle d'attente, un tribunal, un cimetière, les sas d'accueil d'une prison, par exemple.


Juste avant d'entrer dans le lieu de la représentation, nous voilà parqués dans ces quelques mètres carrés, où passent obligatoirement, les avocats, les surveillants ou ici : les anonymes venus assister à un spectacle de théâtre en prison.


Il s'agit d'une petite antichambre où le mot "attente" est une sensation palpable. A Melun ou à Fresnes, nous sommes loin de l'accueil de la Cartoucherie ou d'autres théâtres parisiens, pourtant la fonction du lieu est la même : réunir.


En prison, on sent en nous le Gulliver écrasant qui regarde ses congénères lilliputiens à la loupe tellement l'espace ici est synonyme de l'infiniment petit...Les gens sont, à l'heure prévue, filtrés, déversés dans le gymnase-théâtre comme éjaculés par un homme tout puissant.Celui qui a la clef.


Mais revenons au "sas". Endroit où du fait de la promiscuité et de l'entassement humain, la moindre parole est entendue en écho par tous. Sonnant immédiatement creux dans la gorge de l'auteur. Décourageant immédiatement toute velléité verbale : on ne parle pas en prison, c'est une règle d'or de l'administration. Ici, il faut renoncer à son envie de bavardage, même insignifiant, pour satisfaire un besoin pressant de déglutition sèche. (suite du texte)