Merci pour les mots

Je fais partie de ces gens qui ne se souviennent pas qu'enfant puis adolescent, à l’école ou en famille, on leur ait jamais demandé leur avis sur quoi que ce soit d’autre qu’utilitaire.


Le langage était corporel ou verbalement réduit au véhiculaire et au pratique, ignorant sa partie métaphorique et créative.


Après des années de routine orale, la personne peut penser que donner son avis, partager sa perception du monde importe peu.


Elle sent qu’elle fait partie d'une espèce d'ethnie infantilisée dont les frontières spatiales sont limitées aux premiers carrefours de son pâté de maison.


Quitter cet espace, c’est se mettre en insécurité.


J’ai découvert tardivement que l’on pouvait jouer avec les mots comme on joue enfant, à cache-cache, afin de trouver de nouveaux espaces encore inconnus de soi et des autres.


Découvrir que l’on pouvait imaginer reformuler le monde à sa guise fut pour moi une révélation aussi forte que de me pendre par les mains en haut d’une gouttière afin que l’on ne me trouve pas… et tangiblement moins dangereux pour m’approprier un territoire. (suite du texte)