
Pour elles, la difficulté à formuler des arguments mène à une forme d’agressivité et de révolte où l'emploi du volume sonore et de la gesticulation donnent l’illusion d’être entendu.
Un jour que je buvais un café nocturne à Paris, Nikola un jeune Serbe qui avait participé, cinq ans auparavant, à deux spectacles lors de rencontres européennes m’a reconnu est venu me remercier « pour l’aventure des deux années passées ensemble…et pour les mots ! » Je lui dis « les mots comment ? comment tu l’écris ?»
Il me répond : « les mots, le langage, tu sais le truc qui fait qu’on peut s’exprimer, dire ce qu’on ressent profondément à l’intérieur de nous-mêmes... pas taper tout de suite quoi ! »
Nikola avait exprimé là un sentiment essentiel au théâtre.
La violence arrive parfois lorsqu’on ne peut mettre en mots ses propres émotions.. Lorsque je crée des spectacles, lors des premières répétitions, j’entends souvent « je sais pas » « j’ai rien à dire », ces phrases fonctionnent comme des passeports périmés qui empêchent les gens de partager le territoire du langage.
L’essentiel, peut-être, de mon travail est de leur faire découvrir que « si, ils savent et qu’ils ont tout à dire »… autrement.